Peu de montres de cinéma ont un vrai rôle. La plupart passent au poignet d'un héros le temps d'un plan, puis la marque capitalise sur l'image. La Hamilton Khaki Field Murph fait exception : dans Interstellar, elle n'est pas un accessoire, elle est le fil qui relie un père et sa fille à travers le temps et l'espace. Et c'est précisément parce que le public l'a réclamée que Hamilton a fini par la fabriquer.
Depuis la rentrée 2026, la Murph 38 mm existe dans une nouvelle version au cadran bleu dégradé, inspiré d'une comète. L'occasion de revenir sur une montre qui a fait le chemin inverse de la plupart des éditions spéciales : du plateau de tournage vers le catalogue permanent, et non l'inverse.

Voir la Khaki Field Murph bleue sur bracelet acier
Une montre née sur un plateau de tournage
En 2014, Christopher Nolan sort Interstellar. Dans le film, Cooper, pilote devenu fermier, confie sa montre à sa fille Murph avant de partir pour une mission dont il ne reviendra sans doute pas. Des années plus tard, cette même montre devient le canal par lequel il lui transmet, depuis l'autre côté d'un trou noir, les données qui sauveront l'humanité. L'aiguille des secondes se met à battre de manière irrégulière : du morse. Murph comprend, et lâche un « Eureka » resté célèbre.
Hamilton a conçu cette pièce spécialement pour le tournage, à partir de l'ADN de sa Khaki Field. Elle n'existait dans aucune boutique. C'est une habitude chez la marque, présente dans plus de cinq cents films et partenaire régulier de Nolan : pour Tenet, elle a conçu une montre qui affiche le temps dans les deux sens, et dans Oppenheimer, les personnages portent des Hamilton d'époque.
Du film au catalogue, en deux étapes
La demande des spectateurs et des collectionneurs a été telle que Hamilton a sorti la Murph en série en 2019, cinq ans après le film. Le modèle reprenait le boîtier de 42 mm vu à l'écran et glissait un clin d'œil que seuls les initiés remarquent : le mot « Eureka » inscrit en morse, en laque, sur la trotteuse.
En 2022, la marque a répondu à une autre attente, celle d'un format plus portable. La Murph 38 mm est née, avec le même dessin ramené à des proportions qui conviennent à la majorité des poignets. C'est cette taille qui s'est imposée comme la version de référence de la collection, et c'est elle que Hamilton choisit aujourd'hui pour introduire le bleu.
Un cadran qui raconte l'espace plutôt que la terre
Le dessin ne change pas. On retrouve les aiguilles cathédrale, les chiffres arabes légèrement bombés, le double chemin de fer des minutes et des heures sur 24, et la lisibilité de montre militaire qui fait la réputation de la Khaki Field. Ce qui change, c'est la matière du cadran.
Le centre est d'un bleu lumineux qui s'assombrit progressivement vers la périphérie jusqu'à devenir noir. Hamilton dit s'être inspiré d'une comète : le bleu évoque les gaz ionisés éclairés par le soleil, le noir le vide qui l'entoure. Une texture grainée, façon poussière d'étoiles, donne du relief à l'ensemble et accroche la lumière différemment selon l'angle. Sous un éclairage faible, le bleu paraît presque noir ; en plein jour, il s'allume. Le cadran noir mat d'origine n'avait pas cette vie.
Le calibre H-10 : 80 heures d'autonomie
À l'intérieur, Hamilton reste fidèle au calibre H-10, un mouvement automatique dont la particularité est sa réserve de marche de 80 heures. La montre retirée le vendredi soir tourne encore le lundi matin. Le spiral Nivachron, un alliage à base de titane, le rend peu sensible aux champs magnétiques que l'on croise partout, des fermoirs de sac aux ordinateurs portables.
Le boîtier en acier mesure 38 mm de diamètre pour 11,1 mm d'épaisseur, avec une entrecorne de 20 mm qui facilite le changement de bracelet. Le verre saphir est traité antireflet, l'étanchéité atteint 100 mètres, de quoi nager sans y penser. Pas de guichet de date : la Murph garde le cadran épuré de la montre du film, et c'est un parti pris que les amateurs apprécient.
Bracelet acier ou cuir noir : deux caractères
Le bleu 2026 se décline en deux références. La première, H70405140, vient sur un bracelet acier à trois rangs de maillons, avec fermoir déployant. La montre y gagne une allure plus contemporaine et passe du bureau au week-end sans changer de registre. La seconde, H70405740, reprend le bracelet en cuir noir à surpiqûres blanches, plus proche de l'esprit du film et plus chaud au poignet quand les températures baissent.
Les deux versions se situent autour de 1 000 euros, ce qui place la Murph dans le haut de la gamme Khaki Field, mais reste raisonnable pour une automatique suisse à 80 heures de réserve, au dessin aussi identifiable. Chez Cosyns, où la collection Khaki Field est présentée dans sa diversité, on peut les comparer directement avec les autres Khaki Field automatiques, dont les versions 42 mm et titane.
À qui s'adresse cette Murph bleue
Elle parle d'abord à ceux qui ont aimé le film et veulent porter quelque chose qui en garde l'esprit sans être un produit dérivé. Le cadran bleu ne crie pas Interstellar ; il le murmure, ce qui est plus élégant au quotidien.
Elle convient ensuite à qui cherche une première automatique suisse sérieuse, lisible, résistante, avec un mouvement moderne. Le format de 38 mm fonctionne sur un poignet fin comme sur un poignet moyen, et le dégradé bleu-noir s'associe aussi bien à un jean qu'à une veste.
Reste la question du choix entre acier et cuir, qui se tranche rarement sur photo. Le bracelet métal alourdit légèrement l'ensemble et le fait paraître plus sportif ; le cuir affine la silhouette. Chez Cosyns à Bruxelles, les deux références peuvent être essayées côte à côte, et c'est au poignet que le dégradé du cadran prend toute sa dimension. Douze ans après la sortie du film, la Murph continue de faire ce qu'elle faisait déjà à l'écran : relier une histoire personnelle à un objet que l'on garde longtemps.